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Panama Papers : sociétés offshore, avocats suisses et trafic d’œuvres

Panama Papers : sociétés offshore, avocats suisses et trafic d’œuvres

Près d’une décennie après les révélations des Panama Papers, certaines ramifications continuent de retenir l’attention des autorités judiciaires helvétiques. Si le nom de l’homme d’affaires suisse François Sunier avait émergé à l’époque sans déboucher sur des poursuites majeures, l’attention des enquêteurs se porte désormais sur son fils, Charles Sunier, visé par une enquête pénale pour des faits présumés de détournement d’œuvres d’art et de biens précieux.

Le rôle central des intermédiaires suisses

La Suisse demeure un acteur clé dans l’univers des structures offshore, notamment en raison du rôle joué par certains cabinets d’avocats et fiduciaires. Selon l’organisation suisse Public Eye, ces professionnels ont longtemps pu créer et administrer des sociétés écrans pour le compte de clients internationaux sans être pleinement soumis aux obligations de la législation anti-blanchiment. Cette situation juridique particulière a favorisé l’essor de montages financiers complexes, souvent logés dans des juridictions offshore comme les Bermudes ou les Caraïbes.

Malgré les pressions internationales croissantes pour renforcer la transparence, la Suisse a tardé à adapter son arsenal législatif. En 2021, un projet visant à assujettir les avocats aux obligations anti-blanchiment a été rejeté par le Parlement, illustrant les résistances persistantes face à un encadrement plus strict du secteur.

Des connexions offshore révélées

Les Panama Papers avaient notamment mis en lumière les activités du couple d’avocats genevois Dominique Amaudruz et Michel Amaudruz, impliqués dans la création et la gestion de nombreuses structures offshore. Parmi leurs clients figurait l’ancien ministre russe des Finances Vladimir Chernukhin, soupçonné d’avoir dissimulé une partie de sa fortune à travers un réseau de sociétés offshore.

François Sunier apparaissait lui aussi dans ces révélations. Dirigeant de Suntrust Investment Company, il était associé à plusieurs entités offshore, dont Eiger Jet Limited et SEM Ltd., toutes deux enregistrées aux Bermudes. Ces structures étaient liées à son réseau professionnel, incluant des partenaires et intermédiaires suisses. Il avait également été associé à la société SunCapital AG, aujourd’hui dissoute.

Le journaliste d’investigation Sylvain Besson soulignait à l’époque l’importance du rôle joué par les intermédiaires suisses, estimant qu’une part significative des sociétés offshore enregistrées dans certaines juridictions était administrée par des professionnels basés en Suisse, profitant de failles réglementaires.

Une nouvelle génération dans le viseur

Aujourd’hui, l’attention des autorités s’est déplacée vers Charles Sunier. Les enquêteurs s’intéressent à la circulation d’objets d’art disparus et issus de collections privées, dont certains auraient transité par des sociétés liées à son entourage. Les investigations portent sur des soupçons de vol et de détournement de biens de valeur, dans un dossier qui pourrait révéler de nouvelles ramifications financières et juridiques.

Cette évolution illustre la portée durable des Panama Papers. Bien au-delà des premières révélations de 2016, les conséquences judiciaires continuent d’émerger, révélant la complexité et la profondeur des réseaux offshore internationaux. Ces affaires mettent à rude épreuve les autorités suisses et plus particulièrement leur capacité à renforcer la transparence financière et à poursuivre les éventuelles infractions, même plusieurs années après les faits initiaux.