Le numérique sobre, une économie et non une contrainte selon Thierry Bardy
Thierry Bardy, président d’IMS Networks, soutient que moins de puissance installée réduit les dépenses et rend les infrastructures numériques plus robustes.
Nadia Perrault3 min de lecture

En bref
- Une tribune de Thierry Bardy, président d’IMS Networks, défend la sobriété comme stratégie économique.
- Le numérique est présenté comme une infrastructure physique, soumise aux limites environnementales.
- L’auteur propose trois critères pour mesurer autrement la performance d’un service numérique.
Faut-il choisir entre un numérique performant et un numérique responsable ? Thierry Bardy, président d’IMS Networks, récuse l’alternative. Dans une tribune publiée par JDN Management, il affirme que la sobriété n’est pas une punition mais une stratégie économique. Il s’agit d’une prise de position d’un dirigeant du secteur, et c’est à ce titre qu’il convient de la lire.
Une infrastructure physique face à un climat qui change
L’auteur rappelle qu’après l’été 2022 il appelait déjà les entreprises à aller plus loin en matière de RSE. Quatre ans plus tard, après des étés qui pulvérisent les records, cette conviction est devenue pour lui une urgence vitale.
Le contexte qu’il dresse tient en quelques tensions : canicules à répétition, ressources énergétiques sous pression, chaînes d’approvisionnement fragilisées, et une intelligence artificielle qui fait exploser les besoins de calcul, de puissance et d’énergie. Son raisonnement part d’un constat concret : le cloud n’a rien d’immatériel. Il repose sur des bâtiments, des serveurs, des réseaux, du refroidissement, des batteries et des infrastructures électriques. Le numérique est donc, selon lui, une infrastructure lourde et critique, soumise aux limites physiques et environnementales de la planète. La question écologique devient alors une question directement économique.
De la puissance à la valeur créée avec moins
Pendant des décennies, rappelle la tribune, la performance numérique a rimé avec puissance : plus de calcul, de stockage, de débit, de serveurs. Ce modèle a produit des progrès réels, mais aussi une dépendance énergétique, une fragilité industrielle et, pour l’Europe, une perte de souveraineté.
Thierry Bardy déplace donc la question. Il ne s’agit plus de savoir quelle puissance déployer, mais quelle valeur économique et quel service créer avec le moins de ressources possible. Faire mieux avec moins, sans renoncer au numérique : c’est sa définition de la sobriété.
Les arguments économiques d’une infrastructure sobre
L’auteur avance quatre raisons pour lesquelles ce choix serait rentable :
- une infrastructure qui consomme moins d’énergie coûte moins cher à exploiter ;
- avec moins de machines, elle requiert moins de ressources critiques ;
- si elle produit une partie de son énergie, elle subit moins les fluctuations de prix ;
- mieux refroidie, elle est plus économique et plus résiliente face au climat.
Ces arguments restent ceux de l’auteur : la tribune ne les accompagne ni d’exemple d’entreprise ni de chiffre d’économies.
Résilience, souveraineté et coût de l’attente
La continuité d’activité, explique Thierry Bardy, se limitait longtemps à la panne, à la cyberattaque, à la coupure électrique ou à la défaillance matérielle. Un nouvel environnement de risque s’installe : températures extrêmes, tensions sur les réseaux, disponibilité de l’eau, perturbations des approvisionnements.
Dans ce cadre, un datacenter implanté et opéré localement peut, selon lui, devenir une brique de résilience et de souveraineté pour l’économie d’un territoire, et s’inscrire dans une chaîne nationale pour les entreprises et administrations qui en dépendent.
L’auteur reconnaît la difficulté : investir avant la crise a un coût immédiat, alors que le bénéfice se mesure souvent dans les années à venir. Il estime néanmoins que l’inaction coûtera davantage, entre interruption d’activité, infrastructure inadaptée, énergie plus chère et dépendance critique. C’est une opinion, que la tribune ne chiffre pas.
Mesurer la performance autrement
Pour traduire cette vision en outil, la tribune propose de juger un projet numérique selon trois repères, en complément de la seule puissance, de la disponibilité ou de l’accès à la technologie.
| Logique historique | Critère proposé |
|---|---|
| Puissance déployée | Efficacité d’usage de cette puissance |
| Disponibilité du service | Capacité à résister aux chocs |
| Accès à la technologie | Maîtrise des dépendances |
Pour Thierry Bardy, l’enjeu est de bâtir des entreprises capables de créer de la valeur dans des limites acceptables du monde où elles évoluent, sans opposer économie et responsabilité, ni croissance et résilience.
Photo : Trinh Trần / Pexels
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