Gouvernement

L’insoutenable contradiction de l’ « Open Dialogue Foundation »

L’organisation non gouvernementale Open Dialogue Foundation (ODF), qui défend les droits humains et la démocratie, a ses entrées au Parlement européen, depuis que l’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, lui a ouvert ses portes – ou depuis qu’il a fait entrer le loup dans la bergerie, plus exactement. 

Peut-on prétendre défendre les droits humains, militer ardemment pour la démocratie, tout en soutenant, l’air de rien, le régime de Moscou ? Pas facile de s’y retrouver, dans ce jeu de dupe – car c’est bien un grand écart idéologique que nous invite à faire l’Open Dialogue Foundation (ODF). Sur le papier, l’organisation créée en 2009 par Lyudmyla Kozlovska, une militante ukrainienne, porte une ambition noble : véhiculer un message d’ouverture et de tolérance dans les anciens pays satellites de l’ex-URSS. Et, preuve, s’il en fallait, que l’ODF asticote les régimes « illibéraux », la Pologne, qui l’a hébergée pendant un temps, lui a demandé de faire ses valises il y a quelques années.

Après cette éviction du territoire polonais, Bruxelles l’accueillera d’ailleurs. Mais suffit-il de porter un projet dans ses statuts (défendre les droits humains et la démocratie) et d’être domicilié au cœur de l’Europe pour s’éviter toute contradiction ? Il bruisse dans certains couloirs de la capitale polonaise que l’ODF serait un habile cheval de Troie… du régime de Moscou. La fondation, également, serait maîtresse dans l’art de la malversation financière. Ici, aucune tentative revancharde de la part de la Pologne, qui pourrait prendre ombrage d’être sous les projecteurs des pro-démocratie de tout bord. Le journal satirique belge Pan révèle, dans son édition du 30 mars dernier, que le mari de Lyudmyla Kozlovska, Bartosz Kramek, a été inculpé, et un temps incarcéré, à Varsovie pour des malversations financières – il aurait participé à une entreprise de fausses factures afin de blanchir l’argent initialement destiné à l’ODF.

Il faut dire que cette dernière porte l’argent dans ses gènes – peut-être aurait-il fallu jeter un œil plus alerte à ses statuts avant de lui ouvrir les portes du tout-Bruxelles. Que nous dit l’article 14 de la fondation ? Tout simplement que les jeux d’argent sont non seulement tolérés, mais qu’elle peut elle-même en organiser. L’ODF, à ce titre, sera impliquée dans des transferts d’argent « plus que suspects », précise le journal belge, avec une société chypriote – qui sévit également à Malte, à la réputation financière sulfureuse. Last but not least, la « Fondation du Dialogue Ouvert », rapportait Le Vif, un autre média belge, en 2019, aurait touché près de 2 millions d’euros entre 2009 et 2016 – là aussi, des malversations financières sont sérieusement pressenties –, une somme que Lyudmyla Kozlovska affirme avoir empochée grâce… à la collecte de rue ! Mais après tout, c’est bien naturel, quand on défend aussi vaillamment les droits humains, de recevoir la monnaie de sa pièce.

Moins drôle, l’article 8.10 du statut de l’ODF l’autorise à acheter et à vendre du matériel militaire. Et elle ne s’en prive pas. Deux journalistes britanniques, Stephen M. Bland et Gary Cartwright, ont révélé que l’organisation avait fourni les combattants du Donbass en Ukraine en gilets pare-balles et viseurs infrarouges pour snipers. L’ODF, soutien moral, politique et militaire de Moscou ? Voyons, Lyudmyla Kozlovska – comme la Pologne, tiens donc – n’a-t-elle pas affiché et mis en branle une solidarité tous azimuts – et de dernière minute – avec son ancienne patrie ? C’est justement ce qui devrait mettre la puce à l’oreille : « plus royaliste que le roi », l’organisation ukrainienne n’a-t-elle pas joué de sombre roublardise pour enterrer son passé trouble en prétextant œuvrer pour les droits humains ukrainiens ? Au risque de supposer la contradiction, donc… ?

Jeux d’argent, malversations, défense des autocrates… le bilan de la fondation est bien plus nuancé qu’il n’y paraît. «Si l’ODF semble, en premier lieu, protéger les droits de ces ressortissants, à y regarder de plus près, elle semble se spécialiser dans le  fait de faire passer des criminels à col blanc pour des réfugiés politiques, persécutés par des régimes autoritaires», pointait du doigt Le Vif en 2019. Parmi ceux-là, à tout seigneur tout honneur : Moukhtar Abliazov, ex oligarque kazakh du temps de l’ancien président du pays Noursoultan Nazarbaïev. A l’heure actuelle, Moukhtar Abliazov, poursuivi par plusieurs juridictions européennes pour des soupçons de détournement de 7,5 milliards de dollars au préjudice de la banque BTA, vit paisiblement en France alors qu’il est qualifié de «financier occulte» de l’ODF par le journal  Pan. Une nouvelle contradiction qui ne surprend même plus à ce stade.

Pas plus que l’entregent de l’organisation qui a ses entrées au Parlement européen. Et, par conséquent, au sein du rouage institutionnel et législatif de l’Union européenne. Il est vrai que Bruxelles est un nid à lobbyistes, ce n’est plus à démontrer. L’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, député européen du groupe Renew Europe (libéral), veille ainsi à laisser la porte de son bureau toujours ouverte pour l’ODF – entre 2018 et 2019, il ne manquera pas les occasions de soutenir ouvertement l’organisation ou sa fondatrice, en invitant même celle-ci au Parlement le 26 septembre 2018. Est-ce le sens du terme « renouveler l’Europe » qu’entend défendre M. Verhofstadt ? Qu’a-t-il, d’ailleurs, à gagner dans cette entente pour le moins opaque et critiquable ? Alors que les valeurs prônées par Bruxelles n’ont jamais été aussi combattues sur le flanc Est, peut-être serait-il sage de mettre au jour, une bonne fois pour toutes, la contradiction de l’ODF.

 

 

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