À l’occasion d’une interview accordée au média indien ET Infra, Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM, a dévoilé une stratégie audacieuse : la signature d’une lettre d’intention avec le chantier naval de Cochin pour la construction de six porte-conteneurs propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL). Ce projet pionnier marque une nouvelle étape pour le géant français du transport maritime, tout en confirmant les ambitions de New Delhi de devenir une puissance montante de la construction navale mondiale.
L’Inde, un pari stratégique et industriel assumé
En quelques mois, la France et l’Inde ont tissé une alliance maritime sans précédent. Après la visite du Premier ministre indien Narendra Modi et du président Emmanuel Macron au siège de CMA CGM, l’armateur marseillais a confié à Cochin Shipyard Ltd la construction de six navires de 1 700 EVP, alimentés au GNL.
Pour l’Inde, cette décision représente une reconnaissance de son savoir-faire industriel et un signal fort de sa volonté d’intégrer le cercle restreint des grandes nations constructrices de navires. Pour CMA CGM, c’est l’opportunité de diversifier ses zones de production et de réduire sa dépendance vis-à-vis des chantiers asiatiques traditionnels.
« Nous voulions une alternative pour des navires plus petits que nous pourrions désormais construire en Inde », explique Rodolphe Saadé. « L’objectif est de pouvoir compter sur d’autres pays constructeurs de navires, et l’Inde a prouvé qu’elle pouvait en faire partie ».
Le projet a vu le jour en un temps record : quelques mois seulement ont suffi pour passer de l’idée à la signature. « Je suis vraiment enthousiaste et ravi de cette avancée », confie le PDG, saluant « une excellente collaboration entre le gouvernement indien, le chantier naval et CMA CGM ».
Un engagement durable et humain
L’investissement du groupe français en Inde dépasse largement cette commande. CMA CGM considère désormais le pays comme une plateforme stratégique, tant pour le transport maritime que pour la logistique intérieure. Déjà solidement implantée sur le territoire, la compagnie a renforcé son réseau d’entrepôts et de terminaux à conteneurs grâce à plusieurs opérations de fusion et d’acquisition.
Mais pour Rodolphe Saadé, le cœur du projet réside avant tout dans l’humain :
« Nous avons tenu notre promesse de recruter 1 000 marins indiens d’ici fin 2025, et nous augmenterons ce nombre de 500 supplémentaires en 2026 ».
Cette politique de recrutement illustre la volonté de CMA CGM de s’ancrer durablement dans l’économie indienne.
Là où d’autres armateurs voient l’Inde comme un lieu de démantèlement de navires, CMA CGM en fait un espace de création et d’innovation.
« Certaines compagnies maritimes envisagent de démanteler leurs navires en Inde, mais nous, nous voulons en construire ici — et cela fait toute la différence », insiste Rodolphe Saadé.
Une vision partagée avec New Delhi
Le succès de cette collaboration repose sur une convergence rare entre la stratégie de CMA CGM et celle de l’Etat indien.
« Ce qui est impressionnant, c’est qu’il s’agit d’un véritable projet national, et nous voyons que tous les niveaux de gouvernement travaillent ensemble pour le concrétiser », observe Rodolphe Saadé.
Narendra Modi, fervent défenseur de la souveraineté industrielle, a trouvé en Rodolphe Saadé un partenaire de long terme. Ce dernier se souvient de leur rencontre :
« Quand je lui ai parlé, j’ai eu l’impression de discuter avec un chef d’entreprise, pas seulement un chef de gouvernement. Il m’a dit : “D’accord, mais vous devez en faire plus”, et j’ai beaucoup apprécié cette approche ».
Les six futurs navires, construits, armés et immatriculés en Inde, symboliseront ce partenariat inédit entre Marseille et Cochin. CMA CGM devient ainsi la première grande compagnie maritime mondiale à soutenir concrètement l’ambition indienne de devenir un acteur majeur de la construction navale.
Vers un écosystème maritime intégré
Cet investissement s’inscrit dans une vision globale : renforcer la chaîne logistique indienne de bout en bout. Déjà impliquée dans la gestion de terminaux à conteneurs, CMA CGM souhaite désormais contribuer à la construction de ports en eaux profondes capables d’accueillir les navires de nouvelle génération.
« Nous souhaitons devenir un partenaire dans la construction de ports capables d’accueillir de très grands navires venant de divers horizons », explique Rodolphe Saadé.
Le projet du port de Vadhvan, cher au gouvernement Modi, suscite d’ailleurs un vif intérêt du groupe.
« Nous voulons montrer que nous sommes un partenaire fiable de l’Inde », souligne le PDG marseillais.
De la construction navale à la logistique portuaire, CMA CGM affirme ainsi son ambition : contribuer à la modernisation maritime du sous-continent.
« Nous ne faisons pas seulement du transport maritime, mais aussi de la logistique, et désormais, nous construisons des navires en Inde. Nous sommes donc pleinement engagés envers ce pays », résume Rodolphe Saadé.
Un pari d’avenir
En misant sur l’Inde, CMA CGM fait bien plus qu’un choix industriel : le groupe accompagne l’émergence d’un nouvel acteur mondial, tout en renforçant sa propre résilience face aux tensions géopolitiques et aux dépendances régionales.
Selon Rodolphe Saadé, ce partenariat n’en est qu’à ses prémisses :
« Ce n’est que le début d’un long succès. L’Inde est désormais un pays où l’on peut construire de petits navires propulsés au GNL, et c’est exactement ce que nous recherchions ».
L’avenir de CMA CGM se dessinera donc aussi sous pavillon indien.








Bravo à CMA CGM pour cette décision audacieuse ! L’Inde mérite vraiment cette reconnaissance. 😊
Pourquoi choisir l’Inde alors que les chantiers asiatiques traditionnels sont déjà bien établis ? 🤔
C’est une excellente nouvelle pour l’industrie maritime indienne !
Espérons que cette collaboration créera des emplois durables en Inde.
Est-ce que ces navires seront aussi écologiques que promis ? 🌍
Je suis sceptique… Pourquoi ne pas construire en France ? 🤨
Une étape importante pour la marine indienne, félicitations !
Ce partenariat semble très prometteur pour les deux pays.
Vraiment hâte de voir ces navires prendre la mer. 🚢
Les délais de construction seront-ils respectés ?