Huit milliards de dollars revendiqués dans les startups européennes, un total difficile à vérifier
Doctolib, Genesis AI, Pigment et Entalpic entrent au portefeuille de Nvidia, dont le patron reconnaît que l’énergie et les chantiers freinent l’IA en Europe.
Nadia Perrault3 min de lecture

En bref
- Jensen Huang a annoncé à Paris le 13 octobre des investissements dans quatre entreprises.
- Il revendique 8 milliards de dollars investis dans des startups européennes en douze mois.
- La participation de Nvidia dans Doctolib est minoritaire, sans siège au conseil.
- Les centres de données pourraient consommer 950 TWh d’électricité en 2030, selon l’AIE.
Le patron de Nvidia a choisi Paris, le 13 octobre, pour dévoiler quatre participations : Doctolib, Genesis AI, Pigment et Entalpic. Selon FrenchWeb, cette étape s’inscrit dans une stratégie mondiale qui marie diplomatie industrielle, financement et préparation de marchés pour le groupe. « C’est le début de l’IA en Europe », a déclaré Jensen Huang, cofondateur et président-directeur général de Nvidia.
Paris, première étape d’une tournée européenne
Les quatre entreprises recouvrent quatre usages : assister les soignants, donner plus d’autonomie aux robots, préparer les décisions des entreprises et concevoir des matériaux. Aucun montant individuel n’a été communiqué pour ces investissements.
Chez Doctolib, l’argent doit accélérer les recrutements, les modèles et les assistants destinés aux soignants et aux patients. La participation de Nvidia reste minoritaire : pas de siège au conseil d’administration, pas de droit de gouvernance.
Le déplacement a connu une étape à l’Élysée, où Jensen Huang s’est entretenu avec Emmanuel Macron. Au menu des discussions : les investissements, les modèles ouverts et la sûreté de l’IA. Le voyage se poursuivra ensuite à Londres, puis à Stockholm et à Berlin, ville où il s’exprimera à l’occasion de la GTC, le 21 octobre.

Quatre usages de l’IA qui dessinent des pistes d’activité
| Entreprise | Domaine d’application de l’IA |
|---|---|
| Doctolib | Assistants pour soignants et patients |
| Genesis AI | Infrastructure d’IA pour la robotique |
| Pigment | Planification financière et opérationnelle |
| Entalpic | Découverte de molécules et de matériaux |
Cabinets médicaux, directions financières, laboratoires et ateliers : dans ces secteurs, les équipements et logiciels de Nvidia peuvent servir d’outils de production. Si ces usages se multiplient, la demande en puissance de calcul pourrait croître elle aussi.
Huit milliards revendiqués, un total impossible à reconstituer
Une partie des opérations est connue, par exemple les 2 milliards injectés dans Nebius au mois de mars. En revanche, la part de Nvidia demeure secrète dans plusieurs levées de fonds, en particulier chez Nscale et Mistral AI : les informations publiques ne permettent pas de reconstituer le montant global.
De plus, financer une société européenne n’assure pas que l’argent sera dépensé en Europe : l’accord avec Nebius englobe aussi des projets situés aux États-Unis.
La même méthode de Riyad à Séoul
- Arabie saoudite : en mai 2025, Nvidia et HUMAIN, filiale du fonds souverain PIF, ont annoncé un projet pouvant atteindre 500 MW d’infrastructures d’IA, étalé sur cinq ans, dont une phase initiale de 18 000 GPU Grace Blackwell.
- Corée du Sud : lors du sommet de l’APEC en octobre 2025, l’annonce a porté sur plus de 260 000 GPU à installer, avec les pouvoirs publics, Samsung, SK Group, Hyundai et NAVER. Ces déploiements restent donc à venir.
- États-Unis et Chine : en juillet 2025, Nvidia évoquait les entrevues de Jensen Huang avec Donald Trump, puis ses rendez-vous en Chine, au moment où il demandait de nouvelles licences pour commercialiser ses GPU H20. Les choix politiques continuent de conditionner l’entrée sur ces marchés.
Énergie et chantiers, les limites de l’expansion
« Aujourd’hui, la demande est largement supérieure à l’offre », explique Jensen Huang. Selon lui, l’équilibre n’arrivera que dans cinq, sept ou dix ans, et le rythme d’expansion se heurte à des freins naturels : l’énergie, les chantiers et la durée des constructions. Les installations dépendent aussi du foncier, des réseaux électriques et des autorisations, ce qui place les États au centre du jeu.
Photo : Andrea Piacquadio / Pexels
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