Pillages, braquages : à Paris, les commerçants de proximité s’organisent pour se protéger

Claire Vasseur

4 min de lecture

Pillages, braquages : à Paris, les commerçants de proximité s’organisent pour se protéger

Après les pillages de bureaux de tabac survenus en marge des manifestations du 17 octobre, des commerçants ont fait appel, le 24 octobre, à des sociétés de sécurité privée pour surveiller de nombreux commerces. Le préfet de police avait suggéré ce type de recours aux commerçants, avant de nuancer ses propos face aux critiques.

Un réseau fortement touché le 17 octobre

Le 17 octobre, une centaine de bureaux de tabac ont été dévalisés en marge des manifestations, selon un décompte provisoire de la Confédération des buralistes, dont sept « complètement dévastés » à Paris et autant à Marseille. Pierre Romero, secrétaire de la Confédération, décrit la profession comme « une cible systématique et souvent la première ».

Dès le lendemain, la Mudetaf, mutuelle d'assurance des buralistes, a annoncé le lancement de missions d'expertise auprès des commerces sinistrés. Ni le nombre de dossiers, ni les montants, ni les délais d'indemnisation n'ont été communiqués. La Confédération réclame de son côté une réponse sécuritaire « forte et durable ».

Une insécurité qui dépasse les manifestations

Les pillages s'inscrivent dans un climat d'insécurité plus ancien autour des bureaux de tabac, qui manipulent chaque jour des espèces et des produits de forte valeur. Le 13 septembre, à Angers, un commerçant a été attendu à la fermeture par un homme encagoulé et armé, qui lui a dérobé un sac contenant plus de 15 000 euros en liquide. Le 17 septembre, à Toulouse, un homme a été grièvement blessé au couteau à l'intérieur d'un tabac-presse du quartier Empalot ; un suspect a été interpellé.

Le 25 octobre, à Oullins-Pierre-Bénite, au sud de Lyon, quatre individus encagoulés, dont l'un armé d'un marteau, ont fait irruption dans un bureau de tabac de la rue Charton pour exiger la caisse et une partie du stock. Le buraliste les a mis en fuite avec une bombe lacrymogène. Les quatre suspects ont été interpellés peu après et placés en garde à vue.

55 agents privés le long du cortège du 24 octobre

Pour la manifestation du 24 octobre, la Fédération des buralistes Paris-Île-de-France, présidée par Grégoire Viéville, a fait appel à la société ESP Sécurité. Selon la Fédération, 55 agents répartis en onze équipes mobiles ont suivi cinquante bureaux de tabac situés sur le parcours du cortège et dans les rues adjacentes. Le dispositif prévoyait un contact avec chaque buraliste avant le départ, une présence pendant le défilé et un passage après la dispersion. La Fédération le présente comme une première.

D'après la Fédération, un seul bureau de tabac, situé hors du dispositif, a été vandalisé ce jour-là. Sur le cours de Vincennes, un bar-tabac, aurait été attaqué en marge d'affrontements avec les forces de l'ordre. Les débordements ont toutefois été moins importants que le week-end précédent.

La sécurité privée, une recommandation contestée

Le 21 octobre, dans un courrier adressé aux maires d'arrondissement, le préfet de police de Paris, Patrice Faure, recommandait aux commerçants qui le pouvaient de recourir à des agents de sécurité privée et de vérifier leurs systèmes d'alarme et de vidéoprotection. Le maintien de l'ordre ne pouvait, selon lui, « garantir à lui seul la protection de chaque établissement ». Face aux critiques, il a précisé le lendemain que « la protection des commerçants et de leurs établissements est de la responsabilité de l'État », ces précautions venant « en complément de cette action, sans s'y substituer ».

Les représentants des commerçants ont contesté cette approche. « Les commerçants ne sont pas là pour assurer la sécurité, c'est un droit régalien qui doit être rempli par l'État », a fait valoir la CCI Paris. Thierry Véron, président de la Fédération des associations de commerçants et artisans parisiens (FACAP), a lui aussi réagi : « On ne peut pas dire aux commerçants de s'armer. Il faut faire passer les bons messages ! » La recommandation du préfet a également été critiquée par des responsables politiques de différents bords.

Le 24 octobre, de nombreux commerces parisiens avaient protégé leurs devantures par des panneaux. La demande en bombes lacrymogènes et autres équipements de défense non létaux a fortement augmenté, au point de provoquer des ruptures de stock chez certains fournisseurs, et les sociétés de sécurité privée font état d'un afflux de demandes. Le 26 octobre, la Ville de Paris a annoncé un guichet unique pour les commerçants touchés et l'exonération de certains droits d'occupation de l'espace public, tout en appelant l'État à « prendre ses responsabilités ».

La Confédération des buralistes s'est dite intéressée par une extension du dispositif à l'échelle nationale.

Claire Vasseur

Claire Vasseur

Claire Vasseur a passé une dizaine d'années dans le commerce de gros à Lille avant de se mettre à écrire sur ce qu'elle voyait de l'intérieur : les marges, les fournisseurs et les trésoreries tendues.